Quelle horreur n’est-ce pas ? Vous entendez et reconnaissez sa voix de l’autre bout du couloir. Ça y est. Elle arrive. Vous savez dès à présent qu’elle va absorber votre oxygène et celle de toute la pièce.
Vous connaissez déjà la musique.
1-Elle arrive dans la pièce,
2-Elle sourit de toutes ses dents,
3-Elle va interrompre celle qui, 3 secondes auparavant était en train de parler,
4-Et… Voilà…Ça y est. C’est fait. Maintenant, c’est elle qui parle. Elle a le monopole de l’air de la pièce. Elle rit, fait de grands gestes, vous coupe la parole, se moque (gentiment mais quand même) de ce que vient de dire votre collègue, vous raconte sa vie, se met en scène, surjoue. Elle est le centre de l’attention. Plus rien n’existe autre qu’elle et ce qu’elle a à dire.
Elle n’hésitera pas, en douceur (mais quand même) d’ailleurs à casser du sucre sur une éventuelle absente. Et vous vous dites :
« Personne ne se rend compte qu’elle vient d’envahir l’espace sans AUCUNE permission ?! VRAIMENT ?! Suis-je la seule à voir cette mascarade ?!»
Oui, oui, c’est un réel problème, je sais et ceci pour plusieurs raisons.
L’une est que la plupart des gens, si ce n’est 99% des personnes ne semblent pas dérangées par cette présence encombrante.
La plupart vont sourire à ses blagues, donner du crédit à ses mots, lui offrir toute l’importance dont elle a besoin.
Tout ceci, elle va le cuisiner et se faire un délicieux repas. Un met royal. Et oui, tout ceci est son carburant, sa source d’énergie. VOUS êtes sa source d’énergie.
Avez-vous remarqué mon « ne semblent pas… » plus haut ?
Ce qui signifie que les personnes présentes dans la salle donnent l’impression, seulement l’impression que tout va et que ce qui se passe est « Normal. »
Pourtant, je vous le dis : Non, il n’y a rien de normal au fait qu’une personne, seule, arrive à s’accaparer un espace de discussion en imposant sa voix et ses idées.
Alors, oui, ce genre de situation vous agace secrètement et je vous rassure, vous êtes normales. Promis.
Alors, la question qu’il serait sympa de se poser est la suivante :
Pourquoi, tout le monde fait semblant ? Pourquoi tout le monde sourit ? Pourquoi tout le monde fait comme si tout allait bien.
Alors qu’au fond, non. Rien ne va.
Au fond, vous n’avez qu’une envie, lui envoyer l’imprimante en pleine figure, suivit d’un : Ferme ta Put*%* de grande gu$ù*!le de mer*$+.
Ce qui est drôle dans ce genre de cas, c’est qu’en réalité, furtivement chacun se regarde. Chacun cherche à savoir ce que pense l’autre. Mais seul les personnes connectées, (comprenez par là, celles qui se connaissent et se comprennent très bien) vont se comprendre en un regard :
« Bordel, encore elle… »
Mais comme nous sommes tous un peu hypocrites, nous sourirons comme tout le monde :
« Oh ? C’est vrai ? Ahahaha, super !! »
Tout le monde fait semblant (comprenez par là 90% des personnes présentes) car personne ne sait réellement ce que pense celui qui se trouve à ses côtés.
Et oui, personne n’a envie de jouer le rôle du justicier solitaire.
Imaginez. (Pour cette scène, vous vous appelez Marina)
L’envahissante entre dans la salle et là, vous, Marina, vous vous levez brusquement, un stylo à la main, un air déterminé et féroce :
– Hey, ho, tu ne crois quand même pas que tu vas t’emparer de la conversation. Nous avons un sujet en cours alors tu vas gentiment la fermer et poser ce qui te sert de postérieur sur l’une des chaises ! Suis-je bien claire ?! Ta vie, on s’en fout ! N’est-ce pas les filles ?
Et là… Et bien là… Rien. Personne ne vous accompagne dans votre révolution.
Vous êtes seule, debout et la méchante envahissante peu même se payer le luxe de jouer la victime.
Bip.
Vous vous trouvez toute bête et il y a peu de chance que l’une de vos collègues ne vienne à votre secours. Oh que non. Vous êtes seule.
Et là :
– Pourquoi tu dis ça ? Vous demandera l’une des collègues.
Votre propre meilleure amie vous regardera du coin de l’œil avec un message du style :
Pourquoi a-t-il fallu que tu l’ouvres toi ?
Game Over !
C’est pour éviter ce type de situations extrêmement gênantes que personne n’ose l’ouvrir.
Bon d’accord, mon exemple était légèrement extrapolé, mais le résultat, lui, resterait le même. Je vous le garantis.
Alors tout le monde reste muet, sourit puis finit par accepter la situation.
Puis au fond, elle n’est pas si méchante. Ce n’est pas un monstre non plus. Soyons indulgent. Elle est exactement ce qu’on pourrait appeler chez l’enfance : impoli ou mal élevé.
Je me souviendrai toujours du jour où j’ai repéré pour la première fois ce genre de femmes dans le monde du travail.
(Je précise qu’il s’agit du monde du travail car à l’extérieur de ce milieu, les choses diffèrent. Les personnes sont légèrement moins hypocrites, lâches et auront moins peur de mettre de côté une personne envahissante et faussement amicale.
Dans le milieu du travail, on ne sait pas vraiment ce que pense l’autre. Difficile donc de créer un « gang anti-grande bouche envahissante » Et puis, si cette dernière a les faveurs des cadres ou de la direction… sans commentaire.)
Ce jour-là, je venais d’assister au putsch le plus puissant de l’histoire. Un coup d’état. Oui, carrément !
Je vous pose le décor.
Lundi matin. 10H. Ciel pluvieux. Nous sommes quatre dans le bureau. Je suis en stage. C’est la pause et nous parlons calmement du film que nous avons récemment vu au cinéma. Chacun partage sa séance. Ambiance cool, calme et relax.
Ma collègue que nous allons appeler Susanne regarde celle que nous allons appeler Corinne et lui demande :
– Et toi, tu as vu quoi ces derniers jours ?
C’est là que tout commença.
En quelques secondes une vague vint s’éclater sur nous. Pas le temps de bouger, ni de fuir. Trop tard.
– Hey, salut les filles !
Celle que nous appellerons Mélanie entrait dans le bureau.
Sourire explosif aux lèvres.
Elle se tourne vers moi :
« Oh pardon, il y a un mec !! Pas facile de s’y faire hein ?! »
Je souris. Du moins, le stagiaire qui est en moi se force à sourire.
Les collègues aussi.
Mélanie reprend aussitôt :
« Oh, je n’ai pas envie aujourd’hui !! Tu parlais de film, c’est ça ?! Hier soir, je te jure, ma fille m’en a fait une bonne. Elle sort au ciné avec son petit copain, je lui dis d’être là pour 23 heures grand max. Minuit, toujours pas de nouvelles !! J’étais furax !! Plus jamais !! Plus jamais tu me fais ça je lui dis ! Franchement ! Elle a un téléphone. Pas un appel. Je n’ai pas de batterie me dit-elle !! Je ne veux pas savoir !! L’heure c’est l’heure ! C’est comme hier, Hélène (une aide infirmière du service) qui me sort j’arrive dans 10 minutes faire le pansement de la chambre 18. Trente minutes plus tard, je la vois où ?? En bas, en salle de pause !! Furax ! Furax ! Je te jure !! Je ne sais pas ce qui m’a retenu de la choper par le col de sa blouse ! Bon je n’ai rien contre elle, je l’aime bien Hélène mais parfois, elle me sort par les yeux ! Vous avez vu sa fille la semaine dernière ? Oh trop mignonne ! Trop trop mignonne ! Un petit bout de bonbon rose. Je la croquerais !! »
– Oui, trop chou répondit ma collègue assise dos au radiateur.
Je l’observais. Tout semblait normal au niveau des traits de son visage. Pas de crispation. Pourtant, je la surpris lancer un regard rapide, furtif en direction d’une autre. Cette autre ne capta rien.
« Elle a 6 mois je crois là. » continua ma collègue au regard discret. C’est vrai qu’elle est mimi.
Je ne m’étais jamais senti aussi dérangé depuis très longtemps. Je regardais autour de moi je voyais bien que l’ambiance d’origine s’était largement fait la malle.
Mélanie s’était emparée de l’espace en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je n’avais jamais vu cela auparavant.
Ce qui m’avait choqué le plus c’était la réaction de mes collègues. Totale soumission.
En tant que stagiaire je décidais donc de suivre le mouvement. Je n’avais pas le choix. Si 99% du public dit Oui à un événement, il est difficile de dire Non et d’imposer autre chose. Surtout que rien ne vous garanti d’être épaulé, soutenu comme vous l’avez vu dans mon exemple d’au-dessus.
A chaque fois qu’elle arrivait donc dans la pièce, je sentais cette dernière rétrécir. Il allait falloir que je me mette à sourire comme tout le monde. Que je fasse comme si ce qu’elle disait était F.A.S.C.I.N.A.N.T.
Un désastre.
Plus le temps passait, les jours, les semaines ; et moins je me sentais à l’aise.
J’ai réalisé d’autres stages et j’ai fini par tomber à nouveau sur ce même type de femmes.
Elles doivent venir du même monde. Une planète éloignée, très éloignée. Aujourd’hui, elles se sont éparpillées sur notre chère terre chérie dans l’unique et seul but d’absorber votre oxygène.
Très rapidement, j’ai remarqué que certaines personnes n’osaient plus prendre la parole en leur présence. Les Mélanie les gênaient énormément. Et je pouvais tout à fait le comprendre.
Plus j’analysais les situations et plus je constatais qu’effectivement, certaines de mes collègues qui avaient une attitude tout à fait vivante en temps normal, se refermaient littéralement en présence de Mélanie.
Je ne compte plus le nombre de fois que j’ai pu observer cela.
Alors je me suis posé la question suivante :
« Comment ne plus subir la présence d’une personne qui nous envahit, nous gène et qui semble en trop dans notre espace ? »
Pour répondre à cette question, je m’en suis posé une autre.
« Qu’est-ce qui alimente Mélanie ? De quoi a-t-elle besoin pour exister en public? »
Ce qui est drôle et paradoxal c’est que Mélanie, aussi égocentrique puisse-t-elle être à besoin de Vous, de Nous pour exister.
Sans vos sourires, votre attention, elle n’est plus rien. Prenez-en conscience.
Si immédiatement, chacun décidait d’ignorer ses propos et décidait de lui donner le dos dès qu’elle parlerait trop et s’accaparerait l’espace de discussion, alors elle serait dans l’obligation de revoir sa flamme à la baisse.
Elle serait obligée de laisser de l’oxygène aux autres. Ca ne fonctionnerait pas du jour au lendemain, mais croyez moi, elle finirait par descendre de quelques étages…
Mais comme nous l’avons vu plus haut, l’hypocrisie est maître alors vous allez devoir user d’une autre stratégie. Et elle est simple. Très simple.
Ce qui est dérangeant c’est cette importance qu’elle prend alors qu’en réalité elle ne le mérite pas.
Alors, ce que vous avez à faire est de tout simplement refuser de l’alimenter.
Refusez de lui donner ce dont elle a besoin : Votre sourire, votre approbation de la tête, votre rire, votre attention, votre regard.
Le plus important : Refusez de subir sa présence. Refusez d’avoir à rentrer chez vous le soir et de vous dire :
– Qu’est-ce qu’elle m’a épuisé aujourd’hui !
Refusez tout cela car il en va de votre bien-être.
Une étude américaine démontre que notre entourage à 3 fois plus d’impact sur notre santé que la nourriture que nous mangeons tous les jours.
N’est-ce pas pertinent ?! Effrayant !
En ce qui me concerne, depuis maintenant plusieurs mois, j’ai opté pour cette philosophie. Je ne supporte pas une personne que je n’ai pas envie de supporter. Rien ne m’y oblige. Je ne me force pas à sourire à une personne même si un groupe fait l’inverse. Quand elle prend la parole, si j’estime qu’elle parle pour ne rien dire, alors, ni vu ni connu, je m’éloigne dans la mesure du possible ou alors je décide de ne pas prendre part à la discussion.
En agissant de la sorte, je me protège des ondes que je ne souhaite pas. Le fait de décider ce qui m’atteint ou non me fait un bien fou. Cela donne une forte impression de bien être mais aussi de force.
Décider de passer d’un endroit à un autre dans le seul et unique but de me sentir mieux sans ne jamais subir qui que ce soit ou quoi que ce soit me fait me sentir vivant.
On se rend ainsi compte de l’importance de choisir ce qui nous entoure. Que ce soit dans le milieu du travail comme dans le privé.
L’impact positif est le même et à ne pas négliger.
Ne laissez personne vous donner autre chose que des ondes positives ou constructives.
Je me souviens encore du jour où une Mélanie est entrée dans la salle de pause. 2 secondes avant, j’étais en train de me prélasser, paisiblement, sirotant une boisson fraîche, le regard dans le vide.
En quelques minutes, la Mélanie s’était emparée de la salle, voix haute, grands gestes et rire aigu… Moi je, moi je, moi je…
Je me levais doucement, allais jeter l’emballage de ma madeleine à la poubelle et quittais la pièce.
Quelques minutes plus tard une collègue vint me rejoindre sur le banc où j’étais confortablement avachi.
Je tournais la tête vers elle. Elle était en train de me sourire…
– Toi, tu sais t’éclipser silencieusement quand quelque chose te gène…
Je décidais de ne rien répondre. Je lui rendis son sourire et continua de siroter mon verre, laissant le soleil caresser mon visage.
Nous nous étions compris.
J’étais en train de savourer simplement la vie, ce petit rayon de soleil et mon banc :
Loin de toutes ondes envahissantes et de personnes mesquines.
La vie, c’est un peu ça. Faire des choix. J’agis dans le but de faire les meilleurs pour mon bien-être.
Lémuel ADONIS
Lémuel